samedi 30 novembre 2013

Hiromi Kawakami - Abandons

Fiche technique :

Titre : Abandons
Auteur : Hiromi Kawakami
Date de première publication : 1999
Nombre de pages : 153
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Deux amoureux ont décidé de fuir tout ce qui pourrait altérer l’immédiateté de leurs pulsions. Ils partent sur les routes pour s’abandonner à la passion. Fusionner. Jusqu'au plus près de l’autre et de ses silences afin de ne rien laisser échapper...
La tortue chante quand il la bat. Posé sur la fenêtre, l’animal est l’unique témoin de son passé, de sa vie avant Yukio, avant la douleur. Mais pourquoi est-elle là ? Elle ne s’en souvient plus...
Il lui avait demandé de mourir avec lui. Ensemble ils ont sauté. Elle est morte sur les rochers, lui est tombé dans la mer,les pêcheurs l’ont sauvé. Il a retrouvé sa femme, ses enfants, comme avant...

A travers ces nouvelles, Hiromi Kawakami évoque les dérapages de l’amour et du désir dans ce qu’ils peuvent avoir de plus violent comme de plus indicible et magique. De la complicité la plus infime, la plus sublime, à la dépendance sadomasochiste, cette romancière japonaise décrit jusqu’au vertige le besoin d’être aimé.

Mon avis :

   La lecture japonaise du mois de novembre, toujours dans le cadre du Challenge Écrivains Japonais d'Adalana. Ce mois-ci est consacré à Hiromi Kawakami.

   Abandons est un recueil de 8 nouvelles sur le thème... du couple, et plus généralement de l'amour sous toutes ses formes. On pourrait peut-être, en trifouillant un peu les mots, se dire que le thème de l'abandon est présent (les personnages cherchent très souvent à être aimé, et donc à ne pas être abandonner), mais "Abandons" est surtout le titre d'une des nouvelles.

   Outre le thème commun, les 8 textes sont comparables pour leur structure : des récits courts (une vingtaine de pages) racontés d'un point de vue interne par une narratrice. Le résultat en est un panorama de situations à la fois toujours différentes et toujours identiques. Deux textes penchent vers le fantastique, les autres sont des instants de vie communs, faisant parfois penser à une photographie. Le tout sent le minimalisme.

   Il y avait du potentiel dans ce recueil, mais le plaisir n'a pas été au rendez-vous. Outre quelques histoires franchement bizarres, à la limite d'être mal à l'aise, les autres manquent d'un petit truc pour être bonnes. Dû en grande partie au format très court, il n'y a pas de sympathie pour les personnages et les histoires s'enchaînent, répétitives, sans qu'il se passe véritablement grand chose. À vous donner envie d'abandonner.



Une participation de plus pour le JLNN.

Conclusion :

3/5 : À réserver à ceux qui veulent de courtes histoires de couple, pas forcément intéressantes.

Aimer by Damien Sargue on Grooveshark
Parce qu'il s'agit toujours d'aimer... et que cette chanson me semblait devoir aller ici...

jeudi 28 novembre 2013

Leigh Brackett - La Route de Sinharat

Fiche technique :

Titre : La Route de Sinharat
Auteur : Leigh Brackett
Date de première publication : 1963
Nombre de pages : 42 (pdf)
Taille de l'écriture : Moyenne-basse

Quatrième de couverture :

Quelque part, dans quelque avenir, sur Mars. À Jekkara, dans les Bas Canaux, l’aventurier archéologue Carey se cache en attendant de pouvoir lancer une expédition vers la lointaine Sinharat. Les Terriens veulent transformer les inhospitalières Terres Sèches en une oasis. Mais Carey sait que c’est une erreur grave, déjà prouvée par le passé. Et les preuves de ce passé se trouvent nulle part ailleurs à Sinharat. Les autorités terriennes sur ses talons, Carey va tout faire pour survivre sur la route menant à Sinharat.

Mon avis :

   La Route de Sinharat est une nouvelle de Leigh Brackett, extraite du recueil Le Grand Livre de Mars, offerte gratuitement par Le Bélial' pendant le mois de novembre (pour célébrer ce qui aurait dû être la sortie d'un recueil de nouvelles de l'auteure, Stark et les rois des étoiles, finalement repoussée en mars). L'occasion pour moi de découvrir une précurseur de la science-fiction américaine qui a notamment écrit le script originel de L'Empire contre-attaque.

   Je dois avouer que j'avais un peu peur de cette lecture. Je me l'imaginais comme une sorte de nouvelle hard-science, avec de la science-fiction "exploration de planètes" qui n'est pas vraiment mon fort. Et voilà que j'ai tout faux, pour mon plus grand plaisir.

   La Route de Sinharat est une aventure qui porte bien son nom. L'histoire se passe sur Mars, que l'on comprend avoir été conquis par les terriens qui y vivent en cohabitation avec les martiens. On y suit Carey, un archéologue terrien, dans sa quête pour rejoindre Sinharat, une ancienne cité mystérieuse qui recèlerait des informations importantes.

   Je reste volontairement assez vague pour ne rien vous gâcher. Sachez seulement qu'il s'agit d'une aventure avec un peu d'action. Le trio de personnes principaux est sympathique, presque tout comme le "méchant" de l'histoire. Le style de Brackett est un très bon accord entre des dialogues qui donnent du rythme et font avancer le récit et des descriptions qui posent efficacement le paysage en peu de mots. J'ai trouvé que l'écriture était très visuelle, qu'on imaginait facilement l'univers décrit, et c'est très agréable.

   Mais la grande force de cette nouvelle, ce sont les sujets qu'elles abordent. Entre réflexions sur le colonialisme et interrogations sur la technologie, c'est une nouvelle très écologique que nous livre l'auteure. Pourtant écrite en 1963, La Route de Sinharat n'a absolument pas pris une ride et est toujours d'actualité. Aucune raison pour que sa lecture ne soit pas la vôtre, d'actualité.

« - Pourquoi vous tracasser à ce point pour de la poussière et de vieux os ?
- Question de curiosité. Je ne connaîtrai jamais la fin de l’histoire, mais je saurai au moins comment elle a commencé. »

Une participation de plus pour le JLNN.

Conclusion :

4/5 : À lire pour une aventure martienne aux échos pas uniquement martiens.

On the Road Again by Bernard Lavilliers on Grooveshark
Parce que Carey est sur la route, encore...

lundi 25 novembre 2013

Thomas Day - Du sel sous les paupières

Fiche technique :

Titre : Du seul sous les paupières
Auteur : Thomas Day
Date de première publication : 2012
Nombre de pages : 288
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Saint-Malo, 1922. Sous la brume de guerre qui recouvre l’Europe depuis la fin de la Grande Guerre, Judicaël, seize ans, tente de gagner sa vie en vendant des illustrés. Mais, pour survivre et subvenir aux besoins de son grand-père, il lui arrive de franchir légèrement les bornes de la légalité. Jusqu'au jour où il rencontre la belle Mädchen. Et lorsque celle-ci disparaîtra, Judicaël fera tout pour la retrouver, en espérant qu’elle n’ait pas croisé la route d’un énigmatique tueur d’enfants surnommé le Rémouleur.

Thomas Day livre avec Du sel sous les paupières une fresque mêlant uchronie, steampunk et fantasy mythologique. Une bouleversante histoire d’amour et d’amitié, un conte de fées qui nous entraîne des remparts de Saint-Malo à la mythique forêt de Killarney, en passant par Cork et Guernesey.

Mon avis :

   Thomas Day est génial (entre autres superlatifs). C'est ce que je pensais avant de lire Du sel sous les paupières. Et puis, une fois ma lecture terminée, j'ai pensé : Thomas Day est génial. Le fait n'avait pas vraiment besoin d'être confirmé, mais ça fait quand même toujours plaisir de s'en rendre compte en dévorant un de ses bijoux.

   Selon moi, la force de Thomas Day repose sur deux éléments importants. Premièrement, sa capacité à faire évoluer son histoire à chaque fois dans un univers différent. Ici, c'est la Bretagne et l'Irlande qui sont à l'honneur, dans un entre-deux-guerres aux accents légèrement uchroniques. Personnellement, encore plus que d'habitude, je me suis retrouvé conquis et en immersion dans ce décor dès les premières pages, visualisant parfaitement l'ambiance décrite.

   La deuxième chose qui rend le travail de Thomas Day toujours aussi impressionnant, c'est justement son travail, et cette impression que rien n'est laissé au hasard, que tout est porteur de références et de réflexions. Comme toujours, Thomas Day offre un livre qui donne envie de lire plein de pages Wikipédia (et d'ouvrir une carte de la région de Saint-Malo).

   La particularité de Du sel sous les paupières, outre de raconter une belle histoire, c'est d'arriver à parfaitement mélanger les genres. La première partie du livre a des sonorités de science-fiction, alors que la deuxième partie se rapporte clairement plus d'une affiliation de fantasy aux accents mythologiques. À la fois on a l'impression de lire deux livres en un, et à la fois l'enchaînement se fait plutôt en douceur, sans que l'on ait l'impression en tout cas que ce soit deux histoires raccrochées artificiellement. Cela donne un roman hybride qui fonctionne parfaitement.

   Encore une fois Thomas Day parvient à se renouveler tout en faisant du Thomas Day. Une belle plongée dans les contrées celtiques autour d'une histoire d'amour étonnante mais qui ne tombe jamais dans le niaiseux.


Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou.

Conclusion :

4/5 : À lire pour un roman qui réussit à faire se succéder les genres pour le bien de l'histoire.

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band by The Bbeeaattlleess on Grooveshark
Parce que le sel et le poivre...

samedi 23 novembre 2013

Robert Charles Wilson - Les fils du vent

Fiche technique :

Titre : Les fils du vent
Auteur : Robert Charles Wilson
Date de première publication : 1989
Nombre de pages : 316
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

États-Unis, fin des années 1950. Karen, Tim et leur sœur Laura possèdent le don de voyager entre les mondes. Mais dans leur famille on n'en parle pas, ou alors au prix d'une raclée. Et on déménage. Tous les ans, une nouvelle ville. Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette fuite ? Qui est ce menaçant homme en gris qui les retrouve à chaque escale et semble partager leur étrange pouvoir ?
Canada, de nos jours. La vie ordinaire que Karen s'est efforcée de mener depuis quarante ans vole en éclats le jour où son mari la quitte et où son fils de quinze ans, Michael, se révèle capable d'utiliser le talent maudit. En quête de réponses, elle se rend avec lui à Los Angeles pour retrouver sa sœur, hippie sur le retour qui a choisi de vivre dans une Californie parallèle. C'est le point de départ d'une épopée fantastique qui les emmènera à travers plusieurs dimensions d'un bout à l'autre du continent nord-américain.
Mais il faut faire vite : l'homme en gris a toujours une longueur d'avance.
Roman d'aventures haletant, immersion dans un univers fantastique unique, Les fils du vent est avant tout une réflexion d'une finesse psychologique rare sur les liens familiaux.

Mon avis :

   J'ai découvert Robert Charles Wilson avec Darwinia, un roman pour lequel je respecte l'auteur tant j'ai le souvenir d'avoir été très longtemps berné. Serais-je surpris une deuxième fois ? En un sens oui, mais pas pour les mêmes raisons.

   Les fils du vent (fils comme enfants, pour ceux qui se demanderaient) commence plutôt bien. Un mystère d'entrée, agrémenté d'un personnage étrange, et le livre semble partir pour développer un sujet bien connu de la science-fiction : les mondes parallèles. Sauf que l'idée ne va finalement pas être si développé que ça.

   Les voyages entre diverses dimensions vont apporter le peu d'actions que ce roman comporte. Mais finalement, plus qu'un livre axé sur la science-fiction, c'est presque plus un livre sur les liens familiaux que nous livre Robert Charles Wilson. On suit en fait la vie et les relations d'une famille qui a son lot de secrets, comme beaucoup d'autres familles, à la seule différence que les implications sont ici un peu plus bizarres.

   Les fils du vent est un des premiers romans de l'auteur, et cela explique peut-être certaines choses. L'histoire est sympa, mais sans plus. On n'a pas forcément plus de sympathie que ça pour les personnages, et on aimerait voir plus développer l'univers et l'intrigue qu'on entraperçoit dans les interludes (qui sont quasiment les moments les plus intéressants du livre...). Malgré tout, l'écriture est simple et fluide, et le livre se lit plutôt facilement.

   Vous l'aurez compris, ce n'est pas à mon avis un grand roman ni un premier choix à conseiller. Mais cela peut tout de même rester à disposition pour un petit moment de détente, loin des histoires compliquées et des flopées de personnages.

Conclusion :

4/5 : À lire pour une histoire de famille teintée de science-fiction.

Hotel California Gypsy King Style by Gipsy Kings on Grooveshark
Parce que le roman s'intitule Gypsies en VO...

jeudi 21 novembre 2013

Xavier Mauméjean - American Gothic

Fiche technique :

Titre : American Gothic
Auteur : Xavier Mauméjean
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 397
Taille de l'écriture : Moyenne-grande

Quatrième de couverture :

Hollywood vit à l'heure du maccarthysme. Des enquêtes s’entrecroisent autour d’un mystérieux auteur de contes et légendes urbaines, chefs-d'œuvre d'un nouvel art brut. Jack L. Warner, le puissant patron de la Warner Bros., veut supplanter son rival Disney. Il décide d’adapter pour le grand écran Ma Mère l’Oie, un recueil de contes, anecdotes et légendes urbaines dont les Américains raffolent. Warner ordonne qu’on enquête sur l’auteur, un certain Daryl Leyland. La mission est confiée à l’un des obscurs scénaristes qui attendent la gloire : Jack Sawyer. À lui de « nettoyer » la biographie de Leyland, rectifiant tout ce qui heurterait le conformisme moral et politique. American Gothic voyage à travers les États-Unis et leur histoire à la recherche de Daryl, ce génial gamin triste de Chicago, et de son complice le dessinateur Van Doren. Xavier Mauméjean fait revivre la prodigieuse inventivité d’une jeune nation en train de se forger sa propre mythologie, au prix de souffrances laissées dans l'ombre.

Mon avis :

   C'est en lisant la chronique de Julien, le Naufragé Volontaire, que j'ai découvert American Gothic, l'inclassable oeuvre de Xavier Mauméjean. Entre beaucoup d'autres raisons, je dois avouer que le fait que cela parle de la Warner Bros m'a donné envie de le lire. Il s'est avéré que son impact s'estompe après quelques dizaines de pages, mais la déception n'était pas au rendez-vous.

   Je vais déjà me répéter, mais American Gothic est vraiment inclassable. Pour être honnête, je ne sais toujours pas s'il s'agit d'une fiction ou d'une recherche romancée sur un personnage réel. Le livre se présente sous la forme d'un enchaînement de divers documents (conversations, rapports, témoignages, ...) rassemblés par François Parisot, auteur de ce livre, pour comprendre et retracer la vie de Daryl Leyland, auteur d'un recueil de contes célèbre aux Etats-Unis. Ça peut paraître compliqué (et encore, j'ai fait simple, je n'ai pas évoqué Jack Sawyer), mais cela ne pose aucun problème à la lecture.

   La quatrième de couverture conte bien le début du roman, avec l'apparition des frères Warner, les recherches de Sawyer et le maccarthysme ambiant. Mais on s'éloigne rapidement de ce début en forme d'enquête pure pour se consacrer entièrement à la découverte de la vie de Daryl Leyland. Une vie chaotique et pleine de souffrances, mais absolument prenante.

   Je prends conscience que je suis absolument incapable de rendre compte de toute l'étendue de ce livre tant il foisonne d'idées différentes. C'est premièrement la biographie de Daryl Leyland, ainsi que l'enquête de Jack Sawyer. C'est aussi un tour d'horizon d'une certaine période de l'histoire américaine (c'est à un tout autre niveau, notamment parce que l'ambition est différente, mais j'ai été obligé de penser à Forrest Gump). On peut aussi y voir une certaine réflexion sur la littérature en elle-même, ainsi que sur la mythologie américaine (et là je suis obligé de penser à American Gods). Sans évoquer ce flou et ce doute qui planent au-dessus de l'oeuvre. Et j'omets forcément des aspects, que cela soit par oubli ou parce que je ne les ai pas compris.

   Ce foisonnement peut faire peur, mais il ne m'a personnellement posé aucun problème. Au contraire, c'est ce qui fait la force de ce livre. On est face à une histoire principale intrigante et attirante qui rencontre de nombreuses voies secondaires, en les empruntant toujours juste le temps qu'il faut, jamais trop, jamais pas assez. À l'image d'un Thomas Day, Xavier Mauméjean propose un roman qu'on sent intelligent et recherché. Et qui nous donne envie à notre tour de faire plein de recherches pour approfondir et comprendre entièrement notre lecture.

Conclusion :

4/5 : À lire pour un livre inclassable qui foisonne de bonnes idées.

Animaniacs Theme Song In French by Animaniacs on Grooveshark
Parce que je sais que les vrais Warner Bros, ce sont eux...

samedi 16 novembre 2013

Jean-Laurent Del Socorro - La Mère des mondes

Fiche technique :

Titre : La Mère des mondes
Auteur : Jean-Laurent Del Socorro
Date de première publication : 2012
Nombre de pages : 20 (pdf)
Taille de l'écriture : Moyenne

Univers : Les Mondes de Rempart

Quatrième de couverture :

Qu’y a-t-il de l’autre côté des Bouches, ces portails spatiaux apparus sur Terre en 2019 et ayant laissé passage à des myriades d’aliens ? Est-ce possible d’y apporter la sainte parole ? Jusqu'où s'applique la volonté du Créateur ? Ce sont là les questions que se pose un prêtre catholique au moment de son départ pour l'outre-espace...

Mon avis :

   La Mère des mondes est le premier texte publié de Jean-Laurent Del Socorro. Lauréate d'un concours du Bélial' pour la sortie de Points Chauds et Aliens Mode d'emploi, cette nouvelle se déroule dans le même univers que l'histoire de Laurent Genefort. Elle est (en ce moment) en téléchargement gratuit sur le site du Bélial', avec une très belle et souriante couverture du Cédric Bucaille.

   Ayant lu Points Chauds, je ne saurais pas vous dire si cette nouvelle peut se lire indépendamment. Je pense que c'est fortement possible, mais il ne faudra pas vous étonner de ne pas voir de grandes descriptions du monde. C'est l'avantage d'écrire une histoire dans un univers déjà créé : les bases sont déjà posées, et le lecteur arrive avec son expérience préalable.

   Je ne garde pas forcément un énorme souvenir de Points Chauds - un bon livre grâce à un questionnement sur l'autre, mais une histoire assez froide et en retrait - mais j'ai été étonnamment heureux de retrouver son monde. Surtout que Del Socorro apporte vraiment de la nouveauté par rapport au travail de Genefort.

   Tout d'abord, l'écriture est plus personnelle. Je me base peut-être sur un souvenir défectueux, mais j'ai eu l'impression de suivre plus intérieurement le narrateur, de recevoir plus d'émotions et de sentiments. Et puis, l'histoire en elle-même, dans les faits (peut-être pas dans la réflexion), est à l'opposé. Ainsi, alors que Genefort traitait des conséquences sur la Terre de l'apparition des Bouches, genre de portails de téléportation pour les extraterrestres, Del Socorro fait voyager son héros à travers une de ces Bouches, pour aller porter la sainte parole.

   Oui, l'histoire est centrée sur un prêtre catholique qui part évangéliser les extraterrestres. L'idée est bonne, d'autant plus que le prêtre n'est pas un imbécile (certains le trouveront peut-être trop peu croyant, mais bon). Il va rencontrer un groupe d'aliens, mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Une bonne histoire sur le choc des cultures aux accents théologiques bien dosés. Une ode à la compréhension et à la tolérance.

« Au-delà des Bouches, l’alien, c’est vous. »


Une participation de plus pour le JLNN.
Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou.

Conclusion :

4/5 : À lire, pour une plongée différente dans les mondes de Rempart.

Around the World (radio edit) by Daft Punk on Grooveshark
Parce que ça se passe encore plus loin qu'autour du monde...

mardi 12 novembre 2013

Jean-Philippe Jaworski - Profanation

Fiche technique :

Titre : Profanation
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 17 (pdf)
Taille de l'écriture : Moyenne-petite

Univers : Récits du Vieux Royaume

Quatrième de couverture :

Rentrez au cœur d'un procès moyenâgeux, où l'horreur et l'ironie se mêlent au fantastique...

Drôle et cruelle, cette nouvelle est un cadeau de Jean-Philippe Jaworski, un auteur majeur de la fantasy en France depuis Janua Vera et Gagner la Guerre. Un must !

Mon avis :

   En participant, même tardivement, au JLNN de Lune, j'ai eu l'honneur de pouvoir choisir une nouvelle chez ActuSF. Malins comme vous êtes, vous aurez remarqué tout le diabolisme de la manœuvre sélène : je lis une nouvelle et je la chronique, donc je gagne une nouvelle, donc je la lis et la chronique.

   Après quelques hésitations, je n'ai pas pu résister au plaisir de retrouver la plume de Jean-Philippe Jaworski avec Profanation, une nouvelle parue dans Les coups de coeur des Imaginales, l'anthologie 2013 des Imaginales. D'autant plus qu'elle se déroule dans le même univers que Gagner la guerre, plus précisément deux siècles avant, pendant la guerre des Grands Vassaux (la postface explique cela très bien, avec florilège de détails).

   Profanation conte le procès de Sabaude Cufart, accusé d'être un détrousseur de cadavres. Avant tout, et Jaworski utilise à juste titre le mot à plusieurs reprises, Sabaude est un coquin. En mauvaise situation, il tente d'utiliser sa gouaille pour s'en sortir. Mais les ennemis ne sont peut-être pas là où il les attend...

   Une nouvelle fois, Jaworski prouve qu'il maîtrise à la perfection les personnages de "méchants sympathiques". Le style est travaillé, mais ne fait que rendre la lecture encore plus fluide. Un bon moment de lecture, avec une histoire qui parait d'abord banale et amusante, mais qui s'avère être plus grave et étonnante dans sa conclusion.



Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou.

Conclusion :

5/5 : À lire, pour une bonne nouvelle aux effluves de Gagner la guerre.

Peanut Dreams by Grand National on Grooveshark
Parce qu'il y a "nation" dans le nom du groupe et dans le titre de la nouvelle...

dimanche 10 novembre 2013

Peter S. Beagle - Le Rhinocéros qui citait Nietzsche

Fiche technique :

Titre : Le Rhinocéros qui citait Nietzsche
Auteur : Peter S. Beagle
Date de première publication : 1997
Nombre de pages : 264
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Il ressemble à un rhinocéros, marche comme un rhinocéros, et — grands dieux ! — empeste le rhinocéros. Mais il affirme être une licorne. Difficile, même pour un professeur de philosophie, de lui faire entendre raison...
Lasse de toujours voir les mêmes visages à ses réceptions, Lady Neville décide d'inviter la Mort à ce qui sera le plus grand bal qu'elle ait jamais organisé. Mais la Mort ne danse pas impunément...
Lila, la nouvelle petite amie de Joe Farrell, a vraiment quelque chose d'extraordinaire... surtout les soirs de pleine lune !

Par l'auteur de La dernière licorne et du Magicien de Karakosk, sept récits de fantasy comme vous n'en avez jamais lu, sept chefs-d'œuvre inoubliables où le merveilleux et le mythe se drapent d'une douce nostalgie.

Mon avis :

   Dans la série "le titre du livre donne complètement envie de le découvrir", voici Le Rhinocéros qui citait Nietzsche, un recueil de Peter S. Beagle. Et cela fait une participation de plus pour le JLNN de Lune.

   Avant toute autre chose, une précision. Malgré ce qu'en dit la quatrième de couverture, ce recueil ne contient que 6 nouvelles, et non 7. J'ai rarement vu une erreur aussi énorme, mais je crois savoir d'où elle provient. En VO, le recueil original contient effectivement 7 histoires. Mais allez savoir pourquoi, la version française n'a gardé que les 5 premières, tout en rajoutant une autre nouvelle, Une danse pour Emilia, publiée précédemment à part.

   Quoiqu'il en soit, ce sont donc 6 nouvelles qui nous sont proposées. Je m'attendais à quelque chose d'un peu fou et qui part dans tous les sens. Pas du tout. Bon, d'accord, il y a toujours un élément de fantastique qui vient déclencher une histoire qui sort de l'ordinaire. Mais ensuite, tout semble se dérouler normalement. On a l'impression que ce qui se passe est juste logique. Une sensation qui fait aussi écho aux réactions des personnages. Pas vraiment étonnés, jamais paniqués, rien de particulièrement bizarre ne semble être en train de leur arriver.

   Déroutant au début, on s'habitue petit à petit à vivre ce recueil à la manière d'un conte de fée où le merveilleux à une place attitrée. C'est doux à lire (ne me demandez pas ce que ça veut dire concrètement, mais c'est ce que je ressens). Le contrecoup, c'est que je suis rentré dans un état un peu apathique. Il n'y a pas de gros rebondissements ni de grands coups d'éclats, et tout ce que je lisais me semblait couler de source. "Oui, d'accord, oui, suivant".

   L'ensemble du recueil dégage tout de même une certaine beauté et une simplicité sympathique. Le Professeur Gottesman et le rhinocéros indien, une fois passée la déception de la folie non-présente, s'avère être plutôt touchante. Ma préférence ira pour Entrez, Lady Death, une poétique histoire où la Mort est invitée à un grand bal londonien.



Conclusion :

4/5 : À lire pour des nouvelles douces, oscillantes entre fantastique et normalité. 

Cubicle by Rinôçérôse on Grooveshark
Parce que le nom du groupe sonne comme rhinocéros...

vendredi 8 novembre 2013

David Calvo - Nid de coucou

Fiche technique :

Titre : Nid de coucou
Auteur : David Calvo
Date de première publication : 2007
Nombre de pages : 253
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Épuisé par son combat contre le cynisme d'un monde au bord du gouffre, Norville a quitté les siens pour accomplir en Antarctique la quête qui l'obsède depuis son enfance : percer le secret du Grand Coucou du Gondwanaworld, dieu mythique d'un continent disparu, dont le réveil pourrait empêcher l'humanité de s'auto-détruire. Mais qu'est-ce réellement que le Gondwanaworld ? Un mythe à l'usage des établissements scolaires défavorisés ? Un jeu de rôle expérimental orchestrant le combat à mort des plaques tectoniques antédiluviennes ? Un parc d'attraction, ayant pour stars des personnages d'émissions françaises des années 1980 ? Casimir, le montre gentil, aurait-il ouvert dans l'Île aux enfants la porte d'une dimension parallèle ?

Mon avis :

   Attention, OVNI en approche ! Ou OLNI pour être plus exact : Objet Littéraire Non Identifié. Non, mais lisez moi cette quatrième de couverture. Si elle vous fait ouvrir de grands yeux, imaginez que ce n'est qu'un soupçon de l'incompréhension et de la folie qui se dégage de ce livre.

   Avant d'essayer de parler du fond, attardons-nous un peu sur la forme. Tout commence par une carte (toujours un bon point, juste parce que j'aime bien les cartes), puis un sommaire aux allures de stratigraphie qui donne le ton : ce livre va être spécial. En parcourant l'oeuvre, on pourra se rendre compte qu'il est parsemé de diverses photos prises par l'auteur. Je ne suis pas sûr que cela amène véritablement un plus, si ce n'est que cela rend l'objet-livre encore plus particulier. Pendant que j'y suis, je peux souligner la très belle couverture de Marion Girerd, tout en couleur et en onirisme, parfaitement dans la veine des écrits de David Calvo.

   Mais je m'égare, et j'évite le problème principal : qu'est-ce que Nid de coucou ? Et bien, je ne suis sûr de rien. À la base, il s'agit de plusieurs nouvelles de David Calvo, parues précédemment ailleurs et regroupées ici. Mais ce n'est pas qu'un simple recueil puisque ces nouvelles sont agrémentées d'autres textes qui les relient et créent un univers ainsi qu'une histoire plus globale sur le Gondwanaworld.

   Concrètement, on n'y comprend absolument rien au début. Il y a des éléments qui reviennent régulièrement (le Gondwanaworld, Casimir, le Grand Coucou), ainsi que de très nombreuses références triturées en tout sens (de Robert Louis Stevenson à Babar, de Franck Sinatra au Capitaine Crochet,...). Cela donne des aspects très fouillis, surtout qu' on arrive pas à comprendre où l'on va. Parce qu'on ne va quasiment nulle part en fait. On se balade dans un univers, on le découvre, on le comprend petit à petit sans jamais être sûr de rien. Les narrateurs se mélangent, tout comme les types de narration, et tout comme le temps et l'espace. Cela vous semble totalement fou ? Ça l'est en quelque sorte, il faut lire Nid de coucou pour vraiment envisager Nid de coucou.

   À côté de ce monde qui s'étend principalement au travers des petits chapitres, il y a aussi les grandes histoires, les nouvelles originelles, d'une trentaine de pages généralement (6 ou 7 je crois). Toutes sont surprenantes, et il y a de véritables bijoux. Iceblink blunk par exemple, enquête à la Columbo dans une communauté de bonhommes de neige. Ou John Frog, histoire d'un homme qui a un coucou dans les cheveux après un mauvais enchantement d'un sorcier, dont la chute est grandiose (dans tous les sens du terme).

   Nid de coucou est inclassable à tous points de vue. C'est un concept, une aventure. Ce n'est pas une lecture toujours facile mais, même si je ne sais pas toujours comment ni pourquoi, c'est vraiment super. Parce que je ne l'ai pas encore dit, mais ce livre fait aussi passer de très beaux messages, avec de vraies émotions.

   J'aime bien les lectures décalées, j'aime l'absurde et ce qui sort du rang. David Calvo arrive à faire tout cela, d'une manière que je n'avais jamais vu. On le rapprochera peut-être parfois un peu d'un Fabrice Colin, avec qui il a déjà écrit, mais cela reste quand même bien différent. C'est unique, et c'est bien pour ça qu'il y aurait tant à dire. Mais pour finir, trois choses. Premièrement, un résumé en une phrase : je pense qu'avant tout, Nid de coucou est un éloge de l'imaginaire. Deuxièmement, un lien vers une interview de David Calvo sur le Cafard cosmique, qui donne un petit aperçu du bonhomme. Enfin, une citation, qui n'a aucune prétention si ce n'est qu'elle m'a marqué :

« N’oubliez jamais ce que je viens de vous dire. Ce que vous contemplerez, de vos yeux, sera pour vous, uniquement pour vous. Ce que vous en tirerez n’existera pour personne d’autre. ce sera votre coeur, votre âme, votre secret. Vous n’hésiterez pas à l’oublier, pour ne pas risquer de le tâcher. Les derniers espaces blancs de l’invisible sont plus précieux que tout, car leur véritable valeur n’a jamais été envisagée autrement que par rapport à nos ressources matérielles. C’est ainsi : jamais le monde n’a pensé que quelque chose qui n’existe pas pouvait nous rendre meilleur. »


Une nouvelle lecture pour le Challenge Francofou.

Conclusion :

5/5 : A lire pour une expérience unique, entre découverte d'un étrange univers et lecture de belles nouvelles.

L'Ile aux Enfants by Musique de dessin animé on Grooveshark
Parce que Casimir a une place prépondérante dans l'aventure...

mercredi 6 novembre 2013

John Connolly - Le Livre des choses perdues

Fiche technique :

Titre : Le Livre des choses perdues
Auteur :  John Connolly
Date de première publication : 2006
Nombre de pages : 346
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

David a 12 ans et plus de maman. Son père s'est remarié et il a maintenant un demi-frère. C'est pour oublier tout cela qu'il se réfugie dans la lecture.
Une nuit, David entend sa mère l'appeler et découvre un passage caché derrière les buissons, au fond du jardin. Il se retrouve alors propulsé dans un univers parallèle, un monde étrange peuplé de trolls, de Sires-Loups et de créatures effrayantes...
Grâce à l'aide du Garde Forestier et d'un chevalier, David, après bien des épreuves - énigmes à résoudre, pièges à déjouer, combats à livrer -, rencontrera un vieux roi qui conserve ses secrets dans un livre mystérieux, Le Livre des choses perdues, clé qui lui permettrait de regagner le monde réel.
Mais l'Homme Biscornu, être maléfique qui épie David depuis son arrivée, ne l'entend pas de cette oreille. Il a pour le jeune garçon bien d'autres projets...

Mon avis :

   Il y a des livres qui attirent l'oeil. Cette tranche rouge me faisait le coup à chaque fois que je la croisais dans les rayons. Alors, bien que la quatrième de couverture ne m'enchantait pas plus que ça, je me suis laissé tenter, rien que pour me dire que c'est fait.

   Le résumé (surtout celui-ci qui est la version jeunesse ; oui, il y a deux versions différentes pour les couvertures, pourquoi pas...) laisse penser à un conte. C'est le cas globalement, mais c'est un peu plus que ça. Pour deux raisons : parce que la relation au réel est un peu plus poussé et parce que certains personnages/situations se jouent légèrement des codes traditionnels.

   Tout commence dans notre monde, au début de la Seconde Guerre Mondiale, peu après la mort de la mère de David, notre héros. Première surprise, le jeune homme n'est pas idiot, loin de là. Étonnamment lucide, il affronte le deuil de sa mère un peu à la manière d'un Mathias Malzieu dans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, notamment grâce aux livres et à l'imaginaire. S'en suit le passage dans un autre monde, une féerie tout autant habituelle qu'inhabituelle, puis diverses péripéties (avec de bonnes petites idées par moment) jusqu'à atteindre une fin attendue mais qui fonctionne.

   C'est un peu le résumé de tout ce livre : pas révolutionnaire dans son approche globale, mais réussie dans ses détails. Un côté enfantin et gentillet peut-être parfois, mais le dosage reste supportable et les messages passés sont bons. En tout cas, un bel hommage aux bienfaits de la littérature et à la force de l'imagination. Et puis, ce roman comporte l'un des passages les plus drôles que j'ai jamais lu, une raison quasi-suffisante pour le lire. Cela dure une dizaine de pages, et je ne vous en dis pas grand chose pour ne rien vous gâcher, hormis qu'il pourrait s'agir de nains. Un gage de qualité.

Conclusion :

4/5 : À lire, un conte pour tous les âges.

Lost in the Jungle by Babylon Circus on Grooveshark
Parce que cela s'avère être un peu ça pour David : perdu dans la jungle...