jeudi 27 février 2014

Paul J. McAuley - L'Homme

Fiche technique :

Titre : L'Homme
Auteur : Paul J. McAuley
Date de première publication : 2012
Nombre de pages : 26 (pdf)
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Les Jackaroos, mystérieuse race extraterrestre, ont offert la planète Yanos aux humains. Une planète vierge, ou presque : y demeurent des artefacts au fonctionnement obscurs, qui laissent des débris de plastique sur les plages. La vieille Cho Ziyi arpente ces plages depuis des décennies, gagnant sa vie en ramassant et revendant ces rebuts. Un soir de tempête, un homme nu vient frapper à sa porte. Qui est-il ? Ou qu’est-il ? Car l’individu, muet, a pour étrange caractéristique de se nourrir que de plastique...

Mon avis :
« L’homme lui vint une nuit, en pleine tempête de flux. »
   L'Homme est une nouvelle de Paul J. McAuley publiée dans le Bifrost 71. Elle a remporté le prix des lecteurs Bifrost 2013 de la meilleure nouvelle étrangère. À la suite de quoi Le Bélial' l'a très gentiment proposée gratuitement pour les hérétiques qui ne lisent pas leur Bifrost trimestriel (tel l'infâme qui écrit ces lignes).

   Ziyi, une veille dame vivant seule avec ses deux huskies, voit un jour un homme, nu et muet, frapper à sa porte. Qui est-il ? D'où vient-il ? Ce sont les questions que Ziyi se posent. À cette liste, le lecteur rajoutera : Où sommes-nous ? Quand sommes-nous ? Quel est ce monde ?

   Le début du récit fait un peu peur, avec pas mal de néologismes et une situation mystérieuse. On se sent un peu perdu. De la même façon que si un inconnu venait frapper à notre porte ? Bien vite néanmoins, le texte se simplifie, on prend nos marques et on apprécie l'histoire. De la même manière que Ziyi et l'homme s'apprivoise et que leur relation s'installe et se développe.

   Il y a un petit goût de "vite fait, bien fait" à la lecture de cette nouvelle. L'histoire est simple et va à l'essentiel. Je me suis fait la réflexion qu'elle aurait peut-être mérité quelques pages supplémentaires pour prendre son temps et se détailler. Notamment sur son background, ce futur dont nous n'avons qu'un aperçu, qui donne envie d'en savoir plus et d'obtenir quelques réponses. Et en même temps, pourquoi ? L'Homme n'est pas vraiment une histoire de science-fiction. C'est l'histoire d'une rencontre entre deux êtres, d'une relation qui se crée. Et en peu de mots, tout comme il y a peu de mots entre les deux personnages, Paul J. McAuley parvient à raconter une touchante histoire.

lundi 24 février 2014

Terry Pratchett - La Huitième couleur

Fiche technique :

Titre : La Huitième couleur
Auteur : Terry Pratchett
Date de première publication : 1983
Nombre de pages : 286
Taille de l'écriture : Moyenne

Série : Les Annales du Disque-Monde
Tome : 1/?

Quatrième de couverture :

Dans une dimension lointaine et passablement farfelue, un monde en forme de disque est juché sur le dos d'une tortue.
À Ankh-Morpork, l'une des villes de ce Disque-Monde, les habitants croyaient avoir tout vu. Et Deuxfleurs avait l'air tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur une myriade de petites jambes.
Tellement inoffensif que le Praticien avait chargé le calamiteux sorcier Rincevent de sa sécurité dans la cité quadrillée par la guilde des voleurs et celle des assassins ; mission périlleuse et qui va les conduire loin : dans une caverne de dragons et peut-être jusqu'aux rebords du Disque.
Car Deuxfleurs appartenait à l'espèce la plus redoutable qui soit : c'était un touriste...

Mon avis :
« Il est gênant de se savoir dieu d’un monde qui existe seulement parce que toute courbe d’improbabilité doit bien s’arrêter quelque part. »

   Dans la catégorie "je n'ai honte de rien, même pas d'avouer n'avoir jamais lu ce livre hyper-connu", voici Les Annales du Disque-Monde. Cela fait bien longtemps que je pense à m'y mettre sans jamais oser franchir le pas, principalement par peur d'être déçu. Car sur le papier, cette série a tout pour me plaire. Les faits confirmeront-ils ce potentiel ?

   Oui et non. Oui parce que c'est éminemment sympathique à lire. Comme prévu, c'est de la fantasy qui ne se prend pas au sérieux et se moque gentiment de ses clichés. Les aventures s'enchaînent et on voyage tranquillement à travers le Disque-Monde. C'est bien sans être totalement transcendant. L'humour est là en filigrane. Mais les meilleurs moments sont assurément les fulgurances de Pratchett, hilarantes mais qu'on ne peut que trouver trop rares.

   Je dois avouer que le "non" est en grande partie du chipotage. La huitième couleur est un bon livre, voire très bon. Mais il aurait fallu au minimum quelque chose d'exceptionnel pour que je sorte complètement rassasié et satisfait. Là c'est "simplement" bien et sympathique. Je n'ai pas d'inquiétude pour autant, il me reste un paquet de tomes à lire et autant d'occasions d'être entièrement conquis.

« Certains pirates s'assuraient l'immortalité par de grands actes de cruauté ou de bravoure. D'autres en amassant de grandes richesses. Mais le capitaine avait depuis longtemps décidé qu'il préférait, en fin de compte, s'assurer l'immortalité en évitant de mourir. »

vendredi 21 février 2014

Eduardo Mendoza - Le Dernier voyage d'Horatio II

Fiche technique :

Titre : Le Dernier voyage d'Horatio II
Auteur : Eduardo Mendoza
Date de première publication : 2002
Nombre de pages : 225
Taille de l'écriture : Moyenne-grande

Quatrième de couverture :

En raison de sa paresse, de son incompétence absolue et de son âge proche de la retraite, le commandant Horatio II a été chargé d'une mission intergalactique improbable : conduire vers une destination inconnue un groupe de marginaux composé de Délinquants, de Femmes Dévoyées et de Vieillards Imprévoyants. À bord du vaisseau spatial règne un indescriptible chaos : le médecin de bord est alcoolique, il n'y a plus ni vivres ni eau potable, les installations sont insalubres et le matériel obsolète. Chaque soir, pendant le voyage et lors de quelques haltes dans des stations spatiales démantibulées pour faire provision d'aliments, de boissons et de médicaments, le commandant consigne scrupuleusement dans son journal de bord les invraisemblables et désopilantes mésaventures de son équipage et de ses passagers dont il est à la fois le jouet et le souffre-douleur.
Dans ce roman burlesque et déjanté, Eduardo Mendoza renoue avec son art de la parodie et de la satire de mœurs pour décrire un monde du futur livré, comme le nôtre, à la violence, au chantage, à la corruption et à l'hypocrisie.

Mon avis :

   Après avoir découvert Eduardo Mendoza avec Sans nouvelles de Gurb, un court et amusant livre, j'ai eu envie de prolonger l'expérience. Ce fut le cas avec Le Dernier voyage d'Horatio II, découvert une nouvelle fois grâce à AcrO.

   Horatio II est commandant d'un vaisseau spatial. Ses passagers ? Des rebuts de la Terre, entre Délinquants, Femmes Dévoyées, Vieillards Imprévoyants et membres d'équipages un peu particuliers. Sa destination ? Aucune idée. Ce roman est son journal de bord, entre vie à bord du vaisseau et escales dans des stations spatiales qui ne sont pas forcément ce qu'elles semblent être.

   Sur fond d'une sympathique et quelque peu mystérieuse aventure spatiale, Eduardo Mendoza livre un roman très drôle, que cela soit par ses situations rocambolesques ou par une géniale utilisation du comique de répétition (deux degrés au dessus de "drôle" et un degré en dessous de "hilarant"). Certains pourront même y voir un côté satirique de notre futur et de notre présent, de l'humain en somme, et en riront noir ou jaune, au choix.

   Comparé à Sans nouvelles de Gurb, Le Dernier voyage d'Horatio II est un roman plus abouti et surtout plus consistant. Cela tient à des scènes plus longues et à une véritable histoire qui se développe. Et puis il a une forme qui ressemble plus à un roman (et non une suite de petites scénettes). En tout cas, c'est une histoire de science-fiction simple et drôle, très agréable à lire. Ne boudons pas notre plaisir.

mardi 18 février 2014

William Goldman - Princess Bride

Fiche technique :

Titre : Princess Bride
Auteur : William Goldman
Date de première publication : 1973
Nombre de pages : 329
Taille de l'écriture : Moyenne-basse

Quatrième de couverture :

Il était une fois... la plus belle des aventures, auréolée par le grand amour, le seul, le vrai. Si bien qu'elle est devenue la favorite de millions de lecteurs. Princess Bride est un livre culte qui devint ensuite un film culte. Un récit de duels à l'épée, de bagarre, de torture, de poison, d'amour, de haine, de vengeance, de géants, de chasseurs, de méchants, de gentils, de serpents, d'araignées, de monstres, de poursuites, d'évasions, de mensonges, de vérités, de passion et de miracles.
Ce conte intemporel écrit par S. Morgenstern - redécouvert et merveilleusement abrégé par William Goldman - est peuplé de personnages aussi inoubliables que : Westley, le beau valet de ferme qui risque la mort, et pire encore, pour la femme qu'il aime ; Inigo Montoya, le bretteur espagnol qui ne vit que pour venger la mort de son père ; Fezzik, le plus doux et le plus fort des géants... et, bien sûr, Bouton d'or : la princesse, la fiancée, la femme parfaite, la plus belle de toute l'histoire du monde.

Mon avis :
« Bonjour, mon nom est Inigo Montoya, tu as tué mon père, prépare toi à mourir ! »
   J'ai mis un certain temps avant de comprendre ce qu'était Princess Bride. Je voyais des gens l'encenser, en ressortir une citation étrange et je me disais bêtement "Mais... ça a l'air niais, non ?", bien aidé en cela par le sous-titre "Le Grand Classique du Conte de Grand Amour et de Grande Aventure de S. Morgenstern". Et un jour ce fut la révélation (même si les majuscules m'avaient un peu mis la puce à l'oreille...) : c'est un roman semi-parodique.

   William Goldman nous explique tout dans son introduction. Princess Bride est un livre écrit par S. Morgenstern, un classique de la littérature florine, que Goldman a décidé d'abréger pour coller à la version que son père lui lisait. Il faut dire que la version originale est parfois quelque peu... digressive (et de la mauvaise digression).

   Ou bien tout ceci est seulement le moyen de créer un cadre pour le livre et de permettre à Goldman quelques apartés. C'est peut-être plus cette version là. En tout cas, c'est extrêmement drôle et totalement fou. Au moins pour la première partie, qui reprend tous les clichés des contes de fées pour mieux s'en moquer (sans méchanceté).

   Mais Princess Bride n'est finalement qu'à moitié parodique. Car en créant malicieusement une situation typique de conte de fées, il en devient finalement un à part entière. On se surprend à être totalement pris par l'histoire et à avoir envie que le héros réussisse sa quête. On regrettera seulement un manque de quelques petites touches d'humour pour relancer et balancer un peu plus le récit. 

   À part ça, c'est un roman charmant, un bel hommage parodique au genre et un incroyable trouble de la personnalité chez William Goldman. Mais c'est aussi :

« - De l’escrime. Du combat. De la torture. Du poison. Le grand amour. La vengeance. Des géants. Des chasseurs. Des méchants. Des hommes bons. Des dames plus belles que tout. Des serpents. Des araignées. Des bêtes de toutes natures et de toutes formes. Des lâches. Des hommes forts. Des poursuites. Des évasions. Des mensonges. Des vérités. La passion. Des miracles. »


Troisième participation au Winter Mythic Fiction.

samedi 15 février 2014

Patrick Rothfuss - La Peur du sage, Première partie

Fiche technique :

Titre : La Peur du sage, Première partie
Auteur : Patrick Rothfuss
Date de première publication : 2011
Nombre de pages : 574
Taille de l'écriture : Moyenne

Série : Chronique du tueur de roi
Tome : 2a/3

Quatrième de couverture :

J’ai libéré des princesses. J’ai incendié la ville de Trebon. J’ai suivi des pistes au clair de lune que personne n’ose évoquer durant le jour. J’ai conversé avec des dieux, aimé des femmes et écrit des chansons qui font pleurer les ménestrels.
Mon nom est Kvothe.
Vous avez dû entendre parler de moi.

Le jour se lève sur l’auberge de La Pierre levée et l’homme reprend son récit, fidèle à sa promesse.
Suivez ses pas sur la voie qui mène à l’héroïsme et à la déchéance.
Découvrez la vérité qui a créé la légende.

Mon avis :

   Je n'ai pas pu résister très longtemps. J'ai essayé, je vous assure, sachant bien qu'à dévorer trop rapidement cette Chronique du tueur de roi, je devrais ensuite attendre longuement et lentement le dernier tome. L'argument aurait peut-être pu porter, si ce n'est que Bragelonne a décidé de publier le tome 2, The Wise Man's Fear, en deux livres dans sa version française. Ma conscience est tranquille, je peux lire cette Première partie et reporter mon débat interne pour la lecture de la Seconde partie !

   J'ai hésité avant d'écrire sur ce livre, étant donné qu'il n'est au final qu'une première moitié. Mais, par peur d'oublier des éléments de celui-ci quand je lirai la suite et par envie de crier ma joie, je n'ai, ici non plus, pas pu résister. Tout comme je ne résiste pas à redire que, tout comme la première, la couverture de Marc Simonetti est sublime.

   Je n'avais pas quitté Kvothe depuis très longtemps et pourtant ce fut un réel plaisir de le retrouver. Ce personnage est vraiment très sympathique et donner ce sentiment en étant encore un étudiant laisse espérer de grandes choses. Car oui, dans la continuité directe du Nom du vent, notre héros continue son apprentissage à l'Université. L'histoire suit son cours presque "normalement".

   Toute cette première partie est bien, voire très bien. Les meilleurs passages restent pour moi ceux qui évoquent la musique. Particulièrement les scènes à l'Eolian, qui sont vraiment touchantes et me donnent l'impression d'entendre les accords du luth de Kvothe.

   Et puis le moment tant attendu est arrivé. Après 300-400 pages. Le départ vers d'autres aventures, vers la grande histoire, celle qui fera l'Histoire. Une nouvelle fois, cela offre un succulent commentaire de Kvothe et cette idée que Rothfuss maîtrise parfaitement ce qu'il fait.

« De toute façon, je me suis attardé trop longtemps sur mon séjour à l’Université. Il vaut mieux consacrer le temps qu’il nous reste à d’autres sujets, à des choses dont personne n’a jamais entendu parler. »

   La dernière partie du récit est excellente. L'attrait de la nouveauté, à n'en pas douter. Nouveau lieu, nouveaux personnages, nouvelle intrigue. L'occasion pour Kvothe d'utiliser ses capacités dans le "vrai" monde. Et l'idée que désormais toutes les possibilités s'offrent à lui. L'histoire ne fait que commencer.

mercredi 12 février 2014

Pierre Pevel - Les Lames du Cardinal, l'intégrale de la trilogie

Fiche technique :

Titre : Les Lames du Cardinal, l'intégrale de la trilogie
Auteur : Pierre Pevel
Date de première publication : 2007, 2009 et 2010
Nombre de pages : 765
Taille de l'écriture : Moyenne

Série : Les Lames du Cardinal
Tomes : 1/3, 2/3 et 3/3

Quatrième de couverture :

Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume.
Surgis de la nuit des temps, ils sont décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humain et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire dans les plus grandes cours royales d’Europe.
Pour déjouer leurs complots, Richelieu dispose d’une compagnie d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Des hommes et une femme aux talents exceptionnels, prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal !

Mon avis :

   Le cycle de Wielstadt m'a laissé un souvenir impérissable, notamment pour son personnage du chevalier Kantz (un de mes préférés tous livres compris). Il était grand temps que je m'attaque à l'autre grande trilogie de Pierre Pevel : Les Lames du Cardinal. Pas de demi-mesure : les trois tomes (Les Lames du Cardinal, L'Alchimiste des Ombres, Le Dragon des Arcanes) à la suite grâce à cette intégrale !

   La découverte de ce Paris, 1633, s'ouvre par une surprise (déjà annoncée dans le titre, mais une surprise tout de même) : c'est une troupe au service du Cardinal de Richelieu que nous allons suivre. Contre-pied aux habituelles aventures des mousquetaires où Richelieu est le plus souvent un antagoniste, Pierre Pevel a changé ma vision légèrement manichéenne de la situation.

   Mais avant de découvrir "Les Lames" en tant que groupe, c'est individuellement que l'on rencontre un beau petit nombre de personnages tous plus extraordinaires, sympathiques et arrogants les uns que les autres. L'écriture est vive et rythmée, un changement de point de vue toutes les 2-3 pages en moyenne, et le restera tout au long de la trilogie.

   L'histoire est exactement celle que l'on attend, un roman de cape et d'épée avec son lot de combats de rapières toujours très visuels. Le petit plus de Pierre Pevel (outre la canicule), ce sont les dragons. Ils sont là, un peu partout, sous diverses formes (résidus d'âmes, sang-mêlés, humanisés,...), formant une société qui n'est pas sans rappeler la franc-maçonnerie. Évidemment, ils vont être les adversaires des Lames et cela va être explosif. Les dragons sont aussi au coeur de mon seul bémol : un petit problème de crédibilité de temps à autre, leur puissance n'étant jamais très claire, je me suis parfois demandé pourquoi ils ne dominaient pas le monde. Mais le problème n'est pas gênant pour vivre pleinement les aventures et apprécier la lutte.

   La trilogie est maîtrisée. Chaque tome a une histoire propre mais l'ensemble forme un véritable tout tant les éléments précédemment lus ont leur importance dans la suite. Certains regretteront peut-être le manque d'informations sur le passé des personnages : on sait juste exactement le minimum qu'il nous faut connaitre. Cela ne m'a pas gêné plus que ça, c'est une concession d'un élément non essentiel qui permet de se concentre sur le plus important : l'aventure et le présent.

   Les Lames du Cardinal sont donc une bonne trilogie, très sympathique pour quiconque recherche une lecture d'actions/aventures agréable et facile à lire. On retrouve tout ce qu'on peut attendre d'un roman de cape et d'épée dans un cadre historique très bien utilisé. On se sent véritablement plongé dans Paris au XVIIème siècle, bien aidé en cela par quelques paragraphes "historiques" et de multiples références.

Je dédie le silence qui suit ce billet à Almadès, fière Lame du Cardinal, il le mérite.


Dernière lecture pour le Challenge Francofou.

lundi 10 février 2014

Christian Chavassieux - Mausolées

Fiche technique :

Titre : Mausolées
Auteur : Christian Chavassieux
Date de première publication : 2013
Nombre de pages : 327
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Descendu d’un ferrail brinquebalant, Léo Kargo pose son sac à Sargonne, une commune libre de l’Europe Ralliée établie après les terribles Conflits dont les destructions massives sont encore dans les mémoires de tous. L’un des hommes les plus célèbres de son temps, le richissime et controversé Pavel Adenito Khan l’a recruté pour s’occuper de son immense collection de livres, l’une des dernières bibliothèques au monde.
Mais Kargo comprend rapidement que son embauche ne doit rien au hasard. Inquiet, il enquête… Et les questions, les rumeurs, nombreuses, surgissent… À propos des livres atteint d’une mystérieuse lèpre, sur la séduisante Danoo Forge, l’assistante du milliardaire étrangement surnommé le Diable. Et qui est cette fascinante et dangereuse Lilith, mi-femme, mi-machine qui rode dans la cité ?
Dans cette quête, hantée par le souvenir d’une science déréglée et la folie guerrière des hommes, Kargo trouvera bien plus que des réponses. Il rencontrera un destin poignant, le sien et le chaos, celui du monde.

Mausolées est un miroir de notre époque troublée avec lequel, par une écriture d’une rare originalité et un art maîtrisé du suspense, l’auteur explore les grands enjeux du futur proche comme les fêlures plus intimes de l’homme. Empruntant au polar sa noirceur, au conte sa poésie, Christian Chavassieux tisse une magnifique histoire d’anticipation, passionnante et marquante de bout en bout.

Mon avis :

   C'est en lisant un billet de Julien, le Naufragé Volontaire, que j'ai découvert Mausolées. Intrigué, il s'est avéré qu'il n'aura pas fallu longtemps pour qu'il se retrouve entre mes mains.

   Pour être honnête, la couverture d'Akalikoushin a eu une grande influence sur mon envie de lire ce livre. Notamment car elle m'a tout de suite fait penser à du Enki Bilal. Et Enki Bilal, c'est bien. Je ne saurais totalement affirmé que j'ai été influencé par cette première impression - très surement - mais mon entrée dans ce roman m'a aussi fait penser à une entrée dans un univers à la Enki Bilal. Comprenne qui pourra.

   Léo Kargo arrive à Sargonne et découvre la ville, le lecteur dans ses bagages. Il est là pour prendre son poste au service de Pavel Khan, à la fois bibliothécaire et biographe. Une bibliothèque ? Une rareté excentrique dans ce monde. Ce monde ? Le nôtre, dans un futur proche, après les "Conflits", où certaines connaissances se sont perdues et où les nouvelles technologies ne sont là qu'en sourdine (dans un genre qui m'a fait penser à La Maison des derviches).

   Mausolées est un livre que l'on apprend à apprivoiser. La situation du "monde" ne nous est pas présentée avant bien longtemps et l'on est obligé de la découvrir "sur le tas", pas bribes et déductions. Tout comme Kargo qui va découvrir son lieu de travail, la demeure de Khan, et chercher à l'appréhender et découvrir les secrets et enjeux qui emplissent l'endroit. Tout comme ce jeu de stratégie inventé par Khan, le "Palais des Fous", dont les pions ressemblent étrangement aux habitants de la maison.

   Mausolées est un livre sombre, mais pas désespérant, et intelligent. Bien que l'action monte en intensité au fil des pages, c'est son ambiance qui reste le plus marquant. Ainsi que ses multiples axes de réflexion, notamment sur le futur de notre société ou sur le rôle de la littérature. Intelligent aussi dans ses révélations, bien dosées et ne cherchant pas à garder de mystère là où il n'y en a plus (typiquement, au moment où vous vous dites "ah, ça y est, j'ai compris", vous avez la confirmation quelques pages plus tard et de nouvelles questions à résoudre).

   À l'exception peut-être de son titre qui aiguille dans une fausse direction, Mausolées est un livre complet, qui allie ambiances, mystères, actions et réflexions. Le plus remarquable est peut-être le fait que Christian Chavassieux parvient à garder de la simplicité dans l'écriture, ne tire pas inutilement à la ligne et en fait un livre toujours agréable à lire. Une réussite complète.


Une lecture de plus pour le Challenge Francofou.

jeudi 6 février 2014

Ian McDonald - La Maison des derviches

Fiche technique :

Titre : La Maison des derviches
Auteur : Ian McDonald
Date de première publication : 2010
Nombre de pages : 523
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Istanbul, avril 2027.
Sous une chaleur écrasante, la ville tentaculaire fête le cinquième anniversaire de l’entrée de la Turquie dans la Communauté européenne. Quinze ans plus tôt, Israël a frappé les sites nucléaires iraniens avec des missiles thermobariques, provoquant indirectement le pire choc pétrolier et gazier de l’Histoire.
Dans Istanbul en ébullition (l’air conditionné coûte trop cher, l’eau aussi), une bombe explose dans un tramway. Cet événement va bouleverser la vie des habitants de la maison des derviches de la place Adem-Dede : Necdet se met à voir des djinns, le jeune Can utilise son robot pour enquêter sur l’attentat non revendiqué, l’antiquaire Ayse accepte de rechercher un sarcophage légendaire, Leyla se voit chargée du marketing d’une nouvelle technologie révolutionnaire : le stockage bio-informatique.
C’est dans la maison des derviches que se joueront rien de moins que l’avenir de la Turquie et celui du monde tel que nous le connaissons.

Mon avis :

   La Maison des derviches a remporté le Prix Planète SF 2013. Je ne fais habituellement pas vraiment attention aux prix littéraires, mais celui-ci a un caractère spécial puisqu'il est décerné par des blogueurs (un gage de qualité, n'est-ce pas ?). J'avais aussi envie de découvrir un livre qui a été préféré à 22/11/63 (ok, c'est facilement envisageable), Le Calice du Dragon (pas encore lu, mais Griaule est forcément bon) et Anamnèse de Lady Star (une lecture atypique et marquante).

   C'est en suivant un vol de cigognes que l'on se pose à Istanbul, cadre du récit. Nous sommes en 2027 et la technologie a poursuivi son avancée. Ici ou là, on aperçoit quelques modifications, quelques nouvelles habitudes. Mais l'aspect "science-fiction" reste léger, par petites touches, avec cette impression que ce monde pourrait réellement et facilement être celui de demain. D'un demain proche.

   La Maison des derviches est un livre politique, géopolitique. Ce qui n'est qu'une autre façon de dire qu'il est humain et qu'il nous concerne profondément. Iam McDonald nous présente un futur probable, où technologie, politique et religion se mêlent. Comment ne pas y voir un reflet de notre présent et les critiques afférentes ?

   La Maison des derviches est une lecture exigeante. Certains passages sont un peu longs, la trame générale prend son temps pour se mettre en place. Heureusement, l'alternance des points de vue permet de relancer assez régulièrement l'intérêt. Tous les personnages sont globalement intéressants et ont leur place, à l'exception peut-être de l'histoire d'Ayse dont je ne sais quelle morale il faut tirer.

   Il y a une scène qui vaudrait quasiment à elle-seule la lecture de ce roman : l'embouteillage sur le pont. Marquante, choquante, cette scène résume presque entièrement ce livre et son message.

   La Maison des derviches est un livre qui monte en puissance, photographie d'une ville au carrefour du monde et panorama général de notre société actuelle/future. Tout n'y est pas parfait, mais c'est un livre intelligent qui trouvera un écho en chacun.


L'avis de Gromovar, Efelle, Julien, Lhisbei, Tigger Lilly

lundi 3 février 2014

David Calvo - Elliot du Néant

Fiche technique :

Titre : Elliot du Néant
Auteur : David Calvo
Date de première publication : 2012
Nombre de pages : 314
Taille de l'écriture : Moyenne

Quatrième de couverture :

Islande, 1986. Un hiver sans soleil. Une île au bord de l’implosion volcanique. Un monde sans Internet, sans téléphones portables, à l’aube d’une nouvelle ère digitale.

Dans une petite école d’Hafnafjordur, entre une falaise arpentée par les fées et un champ de lave hanté par le passé, se noue un drame cosmique aux fantastiques implications. Où est passé Elliot, le très vieux concierge muet et autiste, à la veille d’une dernière kermesse ? Comment a-t-il réussi à quitter une chambre sans fenêtres, fermée de l’intérieur ? Bracken, le professeur de dessin parti à sa recherche, va mettre au jour un impossible secret, écho des plus vieux mythes islandais, où absurde, poésie et terreur se confondent dans le mystère d’un dangereux cache-cache.

Mon avis :

   J'ai assez longuement hésité avant de replonger dans un livre de David Calvo. Une certaine appréhension. Nid de coucou ne fut pas toujours une lecture facile mais m'a laissé une grande impression. Mais comment cela rendra-t-il sous la forme d'un roman plus habituel ? La surprise et la folie seront-elles aussi bonnes en sachant à quoi s'attendre ?

   Un argument de poids m'a fait me lancer dans Elliot du Néant : l'histoire se passe en Islande. Et ce qui se rapporte à l'Islande ne peut pas être mal, n'est-ce pas ? Avouons tout de même que ce livre ne vous offrira pas une grande visite du pays, même si le cadre reste un élément important (il inspire au moins pour moi une certaine "possibilité" ou "crédibilité").

   Qu'est-ce qu'Elliot du Néant ? Je ne suis pas vraiment capable de vous le dire. Elliot, un vieux concierge d'école, est le point de départ. Ou plutôt sa disparition est le point de départ de la recherche que vont effectuer les professeurs, et plus particulièrement Bracken, le héros. Quant au Néant... Il est présent, il est là, pièce centrale de l'univers, insaisissable et indéfinissable, à la fois concret et irréel. Comment expliquer le Néant ? Les personnages s'y essayent pendant une vingtaine de pages et c'est surement le passage le plus compliqué à lire et peut-être le moins intéressant. Peu importe. Tout n'a pas besoin de s'expliquer formellement. On peut vivre les choses sans cela. Parfois même mieux.

   Alors, qu'est-ce qu'Elliot du Néant ? C'est du David Calvo. C'est particulier et cela ne plaira pas à tout le monde. Un mélange des genres, une folie créatrice. La rencontre d'influences les plus diverses, avec notamment un poème de Mallarmé, un clip de Nik Kershaw et un peu de mythologie nordique.

   Elliot du Néant n'est pas toujours une histoire facile à suivre. Mais plus que l'histoire, qui n'est pas exceptionnelle en elle-même, c'est une ambiance qui est créée, une plongée dans un univers à la fois irréaliste et concevable. Personnellement, et je me trompe peut-être entièrement, j'y vois une métaphore du pouvoir créateur de l'art (même si dans ce cas je n'ai pas compris la morale finale). Vous y verrez peut-être tout à fait autre chose, ou peut-être rien. Mais si vous avez envie de prendre un risque, lisez Elliot du Néant. Ne serait-ce que pour rencontrer deux tortues vraiment géniales.


Une lecture de plus pour le Challenge Francofou.