jeudi 19 mars 2015

Écran de fumée #5 - Peaky Blinders

BBC Two, 2013-en cours, 2 saisons, 12 épisodes de 60 minutes.

Birmingham, 1919. De retour de France et de la guerre, la famille Shelby, régnant sur une bande de gangsters, est bien décidée à asseoir son pouvoir sur la ville et à agrandir ses richesses. Sous la direction des trois frères Shelby, en particulier de l'ambitieux Tommy Shelby, ils devront entrer en lutte face aux autres factions en place et échapper à l'inspecteur Chester Campbell, de retour d'Irlande, envoyé par Churchill lui-même pour nettoyer la ville.

Bien que prenant de grandes libertés avec la réalité, en premier lieu avec les dates (le gang semble avoir connu son heure de gloire pendant la fin du XIXème siècle), les Peaky Blinders sont un groupe ayant véritablement existé. Leur nom, les visières aveuglantes, vient de leurs casquettes typiques comportant des lames de rasoirs cachées dans leurs visières, leur permettant d'aveugler leurs ennemis par un coup de tête ou par une utilisation manuelle. Ces casquettes sont omniprésentes à l'écran, très caractéristiques et fortement reconnaissables. Avec le reste des tenues, et le décor, elle donne un vrai cachet historique à l'ambiance.

Pour autant, Peaky Blinders n'est pas à proprement parler une série historique. Pas seulement en tout cas. Elle n'en prend que les meilleurs côtés, l'atmosphère, la patine, pour apposer dessus une histoire riche en rebondissements et en actions, où intrigue et personnages se partagent à égalité l'intérêt du visionnage.

Car, qu'ils reviennent de la guerre ou non, les personnages sont torturés et cherchent à se (re)construire. Tommy Shelby, porté par l'épatante sobriété de Cillian Murphy, porte toute la détresse du monde dans son regard. Au contraire de lui, son frère Arthur (Paul Anderson) est l'excentricité et l'extravagance même, bien aidé par la bouteille qui lui tient souvent compagnie. À leurs côtés, le petit John (Joe Cole) semble en retrait, éloigné, pas à sa place, soulignant encore plus les forts caractères de ses frères. Du côté des antagonistes, le détestable Chester Campbell (Sam Neill) est formidable d'antipathie. Les personnages féminins ne sont pas en reste et ne sont pas que des faire-valoir. Polly Gray (Helen McCrory), la tante de Tommy, a tenu les affaires pendant que les hommes étaient à la guerre et compte bien continuer à tenir la famille. Mais l'éclat vient de Grace Burgess, joué par l'éblouissante Annabelle Wallis, qui s'avérera être bien plus qu'une simple demoiselle en détresse.

Peaky Blinders est une excellente série à tous les points de vue : intrigue, personnages, acteurs, rythme. Même si elle peut demander un petit temps pour s'adapter et se mettre à pleinement l'apprécier (elle gagne en puissance au fil des épisodes), elle maîtrise pleinement la science d'être intéressante même dans ses moments de lenteur et de transition.

Et, cerise sur le gâteau, c'est une série "rock". La bande originale est totalement anachronique (Nick Cave, White Stripes, Raconteurs,...) mais offre un côté vivifiant et punchy qui colle idéalement à l'esprit de la série. Le générique sera d'ailleurs surement la citation la plus évidente qui vous restera à l'esprit :

♫ « On a gathering storm comes a tall handsome man in a dusty black coat with a red right hand. » ♫

Depuis jeudi dernier, la saison 1 est diffusée sur Arte. À ne pas louper !

dimanche 8 mars 2015

Naomi Novik - Par les chemins de la soie

Par les chemins de la soie, Naomi Novik, Tome 3 de Téméraire, 2006, 356 pages.

Suite des aventures de Téméraire et Laurence. Après la découverte dans Les Dragons de Sa Majesté et le voyage en Chine dans Le Trône de Jade, retour en Occident avec ce troisième tome.

Par les chemins de la soie est un roman à deux vitesses. La première partie est lente et prévisible, un fastidieux voyage de retour sans grand rebondissement ni véritable intérêt malgré quelques, rares mais toujours intéressantes, réflexions de Téméraire. À la moitié du livre, difficile de ne pas penser être devant le tome le plus faible de la série.

Et Napoléon arriva. La deuxième partie revisite la campagne de Prusse de 1806. Avec force actions, combats, événements, nouveautés, rebondissements. Un retour au très bon niveau habituel en somme.

Ainsi, malgré un démarrage décevant, Par les chemins de la soie s'avère tout de même un bon tome, poursuivant de manière efficace cette très bonne série qu'est Téméraire.


Trente-troisième participation au challenge SFFF au féminin

jeudi 5 mars 2015

Jean-Pierre Andrevon - L'Anniversaire du Reich de mille ans

L'Anniversaire du Reich de mille ans, Jean-Pierre Andrevon, 1984, 35 pages (pdf).

La nouvelle gratuite du mois de mars offerte par Le Bélial' est L'Anniversaire du Reich de mille ans, une nouvelle de Jean-Pierre Andrevon, à télécharger ici. Un peu de nazisme pour fêter la sortie de Le Château des millions d'années de Stéphane Przybylski.

À la veille de la célébration de l'anniversaire du Reich de mille ans, le 1er mai 2933, tout est parfait, comme d'habitude. En France aussi, à Neuvalencia, la Valence moderne, les préparatifs vont bon train et tout le monde est excité par l'événement. Seulement... « Seulement il y a cette chaleur, qui ne fait que grimper, il y a ce vent, qui gagne en violence d’heure en heure, il y a ces tourbillons de sable, qui ne cessent d’épaissir... »

Dans L'Anniversaire du Reich de mille ans, on suit de multiples personnages, des personnages "normaux", dans un enchaînement rapide permettant de poser le cadre de près de 1000 ans de nazisme répandu sur toute la Terre (et au-délà...). On sent la force qui se dégage de ce règne, cette union, cet universalisme. Face à cela, une autre force : l’inéluctabilité du déclin, de la chute, de la tempête qui se lève et s'apprête à s'abattre.

« Écrire une nouvelle, ou quelque autre texte de la longueur qu’on voudra, c’est souvent exploiter une idée, une seule, qui fait jaillir l’étincelle. Ici, ce fut cette simple expression : « le Reich de mille ans. » Et hop ! — c’était parti. »

C'est ce que dit Jean-Pierre Andrevon dans sa mini postface. Cela résume parfaitement ce texte. Juste une idée bien tricotée, qui ne révolutionnera pas notre vie de lecteur et n'apportera pas une incroyable révélation, mais dont l'écriture intelligente de l'auteur tirera un texte doté d'une force non-négligeable.


Quatorzième participation au Challenge Francofou

lundi 2 mars 2015

John Brunner - Tous à Zanzibar

Tous à Zanzibar, John Brunner, 1968, 703 pages.

Tous à Zanzibar est un livre que l'on peut difficilement résumer si l'on veut pleinement rendre compte de son ampleur et de son ambition. Car, en 1968, John Brunner imagine le début du XXIème siècle de manière bluffante.

Soit, il n'a pas tout juste et ses détracteurs pourront aisément lui nier un don de clairvoyance. Ce serait ne rien comprendre à l'incroyable travail d'anticipation auquel se livre l'auteur. Car, 50 ans après, la réalité est souvent tristement proche de l'image qu'il s'en faisait. Grâce à cela, Tous à Zanzibar n'est pas une oeuvre datée, ancienne, un vestige du passé, mais bien un roman moderne qui abordent des thématiques et des questions d'actualité.

Tous à Zanzibar est plus qu'un roman de science-fiction. Plus qu'un roman tout court. C'est un ouvrage de prospective qui sonne juste et qui épate par son foisonnement d'idées. Un foisonnement qui se retrouve jusque dans la structure du récit, joyeusement foutraque, follement désorganisée au premier abord, mais qui s'avère participer entièrement de l'exploit littéraire et apporter de nouvelles résonances à notre monde.

Tous à Zanzibar ne plaira pas à tout le monde. L'entame est aride et ardue, le livre nécessite constamment des efforts et du temps de cerveau disponible. L'intrigue, qui fait tout de même le boulot, reste faible (de qualité et d'importance) et n'est absolument pas la raison d'être de ce livre.

Mais, pour peu que l'on accepte de vivre une expérience et de sortir des sentiers battus, Tous à Zanzibar se révèle être une oeuvre géniale. Un livre d'une intelligence rare et d'une incroyable maîtrise. Difficile pour finir de ne pas imaginer les mots de Bennie Noakes, l'un des personnages, dans la bouche de John Brunner :

« Bon Dieu ! Mais quelle imagination je peux avoir ! »


Livre lu dans le cadre d'une lecture commune avec le Cercle d'Atuan. Les avis de Gromovar, Mortuum, Vert

Huitième emprunt à la bibliothèque pour le challenge Morwenna's List